Formation Professionnelle

Apprendre à désapprendre, le début du savoir

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Nous sommes le fruit de multiples apprentissages et influences. Nous connaissons des échecs cuisants et des succès retentissants. Ou l’inverse. Dans un cas comme dans l’autre, le cerveau agit en grand ordonnateur. Il commande, fait des connexions, invite à l’action ou bien au contraire inhibe complètement. En fait, comment le cerveau en conjuguant apprentissages anciens, nouveaux et émotions, décide de nos actions ? Ce sont les neurosciences qui nous répondent.

« 14 en Français, 12 en gym, 16 en physique, 6 en maths ! Oh, c’est quoi ce 6 ? » …
Ça vous rappelle des choses ?

Pour la plupart d’entre nous, ce modèle éducatif avec notation a été appliqué depuis l’enfance… or il se trouve que l’ensemble de nos comportements, compétences et croyances nous viennent de la même époque. A cela s’ajoutent les influences de la société où nous vivons, de la culture qui nous entoure, de la famille et des relations que nous avons développées… Ces influences et savoirs combinées forgent, plus ou moins inconsciemment nos anciens échecs et nos futurs succès.

Comment le cerveau peut nous faire échouer ? C’est simple, il prend les mêmes mauvaises autoroutes (neuronales). Nous continuons à les prendre bien que nous savons qu’ils ne mènent pas au bon endroit ou que la route est mauvaise. En fait, par confort intellectuel, le cerveau se met en mode automatique (lire l’article de Xavier Martin Il faut suivre son chemin neuronal.

Le cerveau nous trompe en :
suggérant des croyances limitantes : petites phrases, dictons, projections répétées, encore et encore. Les neurosciences l’ont confirmé, pour que la mémoire se fortifie, il faut répéter souvent et espacer l’apprentissage (lire l’article de Aurélie Van Dijk Les Neurosciences revisitent la formation professionnelle… ET ça fonctionne aussi avec les messages « sombres » (« Avec des notes pareilles, tu n’arriveras jamais à… » ou « Le travail paye toujours… »
déclenchant des mécanismes de sabotage : remarquable processus inconscient qui consiste à ruiner une compétence pour valider une croyance limitante !
En clair : « OK ! Puisque tu veux que je le fasse, je vais le faire, mais je te préviens, je suis nul, c’est l’échec assuré ! [essai peu convaincant, geste bâclé et donc plantage] Tu vois ! Je te l’avais dit que j’étais nul !»

Contre-exemple

Bien sûr, des contre-exemples existent, mais j’ai analysé, pendant quinze ans, plus de 50 situations de ce genre chez des enfants, des adolescents les adultes, dans l’éducation, les arts ou le sport de compétition… Le constat est unique : un facteur déclenchant émotionnel comme la joie, le plaisir ou la motivation constitue le moteur essentiel.
Morceaux choisis :
« J’ai lu Les Pensées de Pascal, ça a été une révélation ! »
« Tu as vu qui va nous entraîner, tu l’as reconnu ? Ça va être génial ! »
« J’ai des potes qui veulent monter un groupe et ils ont besoin d’un bassiste ! J’ai intérêt à progresser ! »
« Avec lui, je comprends tout, tout devient simple, il m’explique les maths avec des fruits, par exemple, et hier, en allant mesurer le jardin et bien Pythagore, c’est devenu tout simple ! »…

Réussite

Le cerveau peut aussi nous faire réussir en provoquant les mêmes mécanismes que pour les croyances précédentes mais en les formulant positivement.
Le cerveau nous mène au succès en
suggérant les croyances ouvrantes : vous vous souvenez ? ces petites phrases, dictons, projections répétées, répétées et répétées encore. La force de la répétition fonctionne aussi avec les messages « lumineux . (« Tu vas y arriver, j’ai confiance en toi. Quand on veut on peut et quand on peut on doit… »)
ouvrant des chemins neuronaux : nous avons toujours la possibilité de tracer de chemins inédits pour délaisser les ornières, même s’il faudra des efforts pour ouvrir la voie. Dans cette phase d’apprentissage, le cerveau monte en fréquence, jusqu’à 60 Hz, ce qui lui demande de l’énergie (il sort de la zone de confort vue plus haut). Dites-vous que la vue peut être splendide par ce chemin-là !

Et dans la formation, alors ?

En formation, les apprenants viennent avec leur propre histoire, leurs chemins déjà tracés et la façon dont ils ont favorisé certains canaux neuronaux plutôt que d’autres. Nous devons en tenir compte pour préserver l’efficacité de nos formations.

Pourquoi ?
– Parce que la motivation reste le ressort principal du changement de comportement.
– Parce que les apprenants sont seuls à pouvoir s’en convaincre.
– Parce que la confiance se remplit goutte par goutte « et se vide litre par litre« , comme on dit communément chez CSP.

Quels procédés mettre en avant pour que les apprenants parviennent à ses changements :
Les permissions et les autorisations : permettre aux participants de prendre conscience de leurs moteurs et de leurs freins et les inciter à s’offrir des « permissions » et des « autorisations » (« Je crois que ça va être compliqué et je veux bien m’offrir la permission d’essayer »).
La valorisation des réussites et des points forts avant l’analyse de points d’améliorations : prendre garde de parler de points d’amélioration dans l’exercice et non de points d’amélioration de la personne. Surtout, équilibrez « les roses et les épines ». Les roses incarnent l’idée de la récompense et l’activation du circuit de la récompense. Les épines, les ajustements possibles par la réitération.

Impact des émotions

Face à un enfant qui a peur (impact des émotions), combien de parents sont retournés chercher des réussites de l’enfant pour que sa peur s’estompe et qu’il s’offre l’autorisation d’essayer ? Le manège qui fait peur… le vélo sans les petites roues… (« Tu te rappelles, quand tu avais peur de faire du roller toute seule et qu’après on n’arrivait même plus à te rattraper tellement tu allais vite »).

Pour que tout ça fonctionne et que de nouveaux « algorithmes » (les fameux « chemins » évoqués par X. Martin) se mettent en place durablement dans le cerveau, apprendre à désapprendre devient essentiel. C’est une compétence clef dans la conjonction des neurosciences et des sciences de l’éducation.
Le cerveau, pour créer de nouveaux contacts, a besoin d’en éliminer d’autres. Bonne nouvelle, il a une phénoménale capacité à l’oubli. Par exemple, le cerveau ne se souvient pas de la douleur : vous vous souvenez que vous avez eu mal, même très mal mais l’information sur l’intensité de ce mal a été effacée. Pierre-Marie Lledo (neuroscientifique du CNRS) l’explique très bien lors d’une conférence en janvier 2013 : « …beaucoup de femmes n’auraient qu’un enfant ! »

Comment apprendre à désapprendre ?

Il faut créer de nouveaux chemins, expérimenter, chuter, se relever, essayer à nouveau et, au fur et à mesure, le nouveau chemin sera plus facile à prendre que l’ancien.
Les conditions de réussite :
• Envie
• Répétition
• Engagement
• Durée

Deux exemples qui montrent que l’on peut désapprendre sans (trop) de difficultés

Une expérience possible pour ceux qui sucrent le café (ça marche avec le thé aussi): arrêtez de le faire, pendant plusieurs jours (3 semaines environ). Ce sera déplaisant mais insistez et continuez. Après ce délai, ça deviendra plus agréable, alors persévérez et continuez, encore trois semaines. Sucrez de nouveau votre café, il vous paraîtra imbuvable ! Votre cerveau a désappris votre goût du sucre et appris à s’en passer !

Second exemple : pour mieux comprendre les changements de route neuronale, une expérience plus tortueuse mais tout aussi éclairante

Destin, un Américain, apprend à faire du vélo « inversé » : quand le guidon tourne à droite, les roues vont à gauche et vice versa. Au départ, pédaler sur un tel vélo est impossible… mais après 8 mois d’essais, Destin réussit ! L’expérience se poursuit, quand il s’agit de ré-enfourcher un vélo traditionnel. Il n’y parvient pas… tout de suite. Il lui faut 20 minutes d’essais devant des ‎Amstellodamois hilares pour réussir à pédaler sans hésitation.
Parallèlement à sa propre expérience, Destin a donné à son fils de 8 ans, le même type de vélo… qu’il a maîtrisé en deux semaines !
Destin en tire trois leçons :
« Les soudeurs sont parfois plus malins que les ingénieurs ! » : ce vélo idiot nous en apprend beaucoup sur le fonctionnement du cerveau.
« Savoir et comprendre sont deux choses différentes » : savoir faire du vélo et comprendre pourquoi on sait faire du vélo, ce n’est pas la même chose.
« La vérité, c’est la vérité » : l’expérience contredit l’adage très répandu selon lequel on ne peut oublier comment faire du vélo. En fait si. On peut effacer une autoroute neuronale. On interprète toujours les choses selon ce que nous sommes, ce qui nous constitue.

Philippe Mayet – CSP

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Philippe MayetPhilippe Mayet
Consultant-formateur en management – coach certifié

Il intervient au sein de CSP depuis 2010 après plusieurs années en tant que directeur du développement des ventes et de la formation pour des groupes internationaux. Il se positionne sur plusieurs domaines d’intervention comme la relation client, le coaching, le management, la communication et le développement personnel.

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