Leadership et Management

« Comme en aïkido, la transformation doit se saisir du sens et de la force des énergies en présence »

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Une transformation réussie le sera autant dans le résultat que dans le chemin parcouru pour y parvenir. Le talent de celui qui l’accompagne sera d’associer sa propre énergie à celles en présence. C’est la conviction de Laurence Mignard, formatrice et consultante sur le sujet chez CSP The Art of Training. Elle y voit des parallèles évidents entre la pratique de l’aïkido et cette mission à accomplir. Entretien sur tatami.

Laurence Mignard aïkido Transformation des entreprises formatrice consultante CSP the Art of Training
 

Dans notre série d’articles consacrés à la transformation, vous souhaitez mettre en parallèle la transformation avec l’aïkido ?

Au fil de plus de 40 années de pratique régulière de l’aïkido, j’ai eu l’occasion de mettre en relief des similitudes entre cet art martial et mon métier de consultant, et ce à plusieurs reprises. D’une façon inattendue, il est facile pour moi de les rapprocher. D’ailleurs, les mots que j’utilise pour évoquer la transformation sont les mêmes que ceux qui s’échangent sur les tatamis : énergie, équilibre, respect, adaptabilité, etc. En poussant plus loin la réflexion et à mesure que je préparais cet entretien, j’ai analysé en quoi mon expérience d’aïkidoka pouvait servir la transformation des organisations.

Quels sont ces liens ?

Pour moi, j’en vois quatre essentiels. Quatre principes de l’aïkido qui peuvent apporter un éclairage inspirant et décrypter la dynamique d’une transformation :

  • L’union des énergies plutôt que l’opposition

En aïkido, il ne peut y avoir d’opposition. Plutôt que de s’opposer à la puissance d’une attaque, le pratiquant doit conduire et diriger par des mouvements précis, l’énergie apportée par son adversaire. Pour cela, il conjugue sa propre énergie avec celle qu’il reçoit : deux énergies antagonistes au début d’une technique s’unissent en une seule quand le mouvement s’achève.

Transposé dans le sujet qui nous intéresse, le consultant qui accompagne une transformation ne peut le faire par la contrainte. Il doit lui aussi diriger l’énergie présente, savoir y associer la sienne et les disposer « au bon endroit ». C’est ainsi qu’il devient un véritable « catalyseur de la transformation ».

  • L’adaptation au partenaire

Chaque partenaire est différent. Chaque rencontre est donc unique. L’aïkido se pratique sans distinction de catégories de poids, de genre ou d’âge comme cela peut exister dans d’autres disciplines. Donc, il n’est pas rare de voir travailler ensemble une jeune femme de 50 kilos avec un malabar du double de son poids… Au fil de son expérience et de la multiplication des rencontres, le pratiquant parvient progressivement à affiner sa technique pour l’adapter à toutes les catégories de partenaires possibles dans toutes les circonstances… Comme dans la transformation des organisations, il ne peut exister de réponse systématique. Le consultant, lui aussi, consolide son expérience, développe sa pertinence et la finesse de son approche au fil de ses missions, mais en aucun cas il ne peut appliquer de solution préétablie face à un nouveau projet. Même si l’objet de deux transformations est totalement identique, la singularité des organisations conduira toujours sur deux chemins différents.

  • Le respect de l’autre dans sa réalité et sans jugement

Sur un tatami d’aïkido, le respect est une attitude permanente à laquelle il est impensable de déroger. Il fait partie des fondations sans lesquelles la pratique d’un art martial se résume à un exercice physique sans intérêt. L’élève respecte le maître et le maître, ses élèves. Chacun respecte son partenaire, le dojo dans lequel se déroule la pratique, ses armes, sa tenue. Le respect devient une véritable attitude mentale. Elle se révèle comparable à celle du consultant qui prend la mesure de l’organisation dans laquelle une transformation s’envisage. Il doit l’aborder avec égard, sans jugement et en tenant compte de l’existant tel qu’il est dans sa réalité.

  • L’approche concrète par l’action plutôt que par la théorie

« L’aïkido, c’est 95 % de transpiration… et 5 % d’inspiration (ou de philosophie)« . Certains enseignants aiment à rappeler régulièrement cet adage en forme de clin d’œil. En d’autres termes, il est vain pour progresser de consacrer un temps infini à intellectualiser ou à chercher systématiquement à expliquer les techniques. La pratique seule fera que le corps trouvera, par l’expérience, la voie juste du mouvement. Il faut partir du geste pour trouver le sens. Il en va de même pour la transformation ; après s’être assuré que la confiance est établie, et plutôt que de théoriser sans fin, il est préférable de commencer par agir, de vivre la transformation de « l’intérieur ».

L’un des principes de base de l’aïkido est de prouver à l’autre que le combat est inutile… cela semble paradoxal !

Habituellement, celui qui engage un combat le fait dans la perspective de vaincre un adversaire. Le combat s’achève avec un gagnant et un perdant, l’un au dépend de l’autre. Mais si l’on prend du recul et que l’on considère le système dans son ensemble, il a perdu au global plus qu’il n’a gagné puisqu’une énergie a été dépensée de manière destructrice. La voie que nous propose l’aïkido est bien différente : si au début d’une confrontation, il y a, en effet, deux forces antagonistes, le talent de l’aikidoka est de parvenir par son mouvement à combiner ces deux forces, à les réunir vers un même objectif sans chercher à vaincre son adversaire, mais à lui démontrer que le combat est vain.

Vous dites que la transformation se vit plus qu’elle ne se théorise… mais comment inviter au changement si on ne l’explique pas d’abord ?

Il me semble en effet que la théorie suit la pratique plutôt qu’elle ne la précède. Les théories ne se construisent-elle pas le plus souvent à partir de l’observation et de l’expérience ? Lorsqu’il nous est demandé d’accompagner la transformation d’une organisation, nous préférons engager nos interlocuteurs dans l’action car c’est à partir des premiers pas, des premiers résultats que se profile la voie de la transformation.

Propos recueillis par Nadia Ali Belhadj – CSP

Laurence Mignard

Ingénieur-consultante, formatrice et auditrice, certifiée ICA pendant 12 ans, Laurence rejoint CSP après 10 ans d’expérience dans l’industrie agroalimentaire. Elle est spécialisée dans les missions de conseil et d’audit de systèmes de management et coordonne la participation des consultants CSP aux commissions de normalisation AFNOR.

Pour tout savoir sur la transformation, CSP organise une journée exceptionnelle le 21 janvier 2020 à Paris : Transformations individuelles et collectives : agir et laisser faire.

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