Leadership et Management

Le droit à l’erreur : un outil de management ?

1 Étoile2 Étoiles3 Étoiles4 Étoiles5 Étoiles (1 vote(s), note: 4,00 / 5)
Loading...

En 1830, Emile Afchain, apprenti confiseur dans la maison de ses parents, fait une erreur en fabriquant une commande de bonbons trop en avance et en y laissant tomber de la menthe. Pour camoufler sa bévue, il étire la pâte qui blanchit sous l’effet de la tension. Ainsi naît la Bêtise de Cambrai. Le stimulateur cardiaque implantable, l’imprimante à jet d’encre, le verre feuilleté… toutes ces inventions sont nées d’erreurs ou de maladresses. C’est dire la richesse que pourraient tirer les entreprises si elles savaient les recevoir.

photo by Nicole De Khors Erreur pour CSP

D’une façon générale, l’erreur a mauvaise presse. Elle est en effet liée à l’incompétence ou aux conséquences qu’elle peut générer. Mais ne nous le cachons pas, c’est une réalité : les erreurs ne sont pas toutes créatrices de modèles ou de produits géniaux…

Toutefois, dans la vraie vie, il y aurait certainement un avantage à redorer le blason de l’erreur. Les Suédois en ont même fait un musée (Failure Museum) ouvert en 2017 qui a essaimé en Californie. Il rassemble une collection de flops industriels notoires : un iPad qui envoie des fax, un Coca-cola au goût de café qui n’a pas trouvé son public et une eau de toilette Harley-Davidson… L’objectif de cette institution est bien de rejeter l’erreur comme opprobre et d’y voir une chance. « Failure is a bruise, not a tattoo » (l’erreur est un bleu, pas un tatouage) peut-on y lire sur les murs. De l’erreur naît la réussite certes… mais à quel prix !

Transposé dans l’entreprise, comment doit acter le manager face à l’erreur, lui qui se trouve confronté aux messages parfois contradictoires du style : « Favorisez l’innovation en respectant les normes ! »

La plus grosse erreur : ne pas vouloir en faire

Nous l’avons dit ici et ailleurs, un bon manager est celui qui assume ses choix, ses décisions, ses réussites… comme ses erreurs. Il en deviendra exemplaire vis-à-vis de ses équipes, ce qui dans ce cas, peut paraître évidemment paradoxal. C’est là tout l’enjeu… Le leadership n’est pas synonyme d’infaillibilité et le manager qui le croit peut se transformer en Monsieur Parfait, rigide et intolérant. Accepter de ne pas avoir raison ou de prendre de mauvaises décisions, c’est aller vers une vérité plus proche de la réalité. Des penseurs comme des hommes de terrain l’ont dit avant nous : « Une erreur ne devient une faute grave que lorsqu’on ne veut pas en démordre », Ernst Jünger, ou « Progresser, c’est changer d’erreur », écrit Laurent Combalbert dans son livre Le Négociateur, paru en 2009 aux éditions Presses de la Cité. Il y explique comment il a managé de nombreuses équipes d’experts en situation de crise. C’est donc par une conscience aigüe de ses erreurs, et par une volonté d’amélioration continue que le leader acquiert une meilleure maîtrise et communiquera ce même esprit à ses équipes. Ce qui compte toutefois, c’est que la part de réussite soit – nettement – supérieure à la part d’erreur.

L’erreur, une idée à favoriser?

Favoriser le droit à l’erreur, c’est développer la créativité et mettre son équipe en route vers l’innovation. Plus l’autonomie est grande, plus les initiatives créatives porteront leur fruit. On peut y voir aussi l’occasion d’y accroître ses compétences en dédramatisant la prise de risque. Faire sortir ses collaborateurs de leur zone de confort devient alors primordiale.

« Si vous fermez la porte à toutes les erreurs, la vérité restera dehors », Rabindranàth Tagore (poète et compositeur bengali). Enfin, inclure la possibilité de l’erreur, c’est aussi une façon de diminuer le stress et la pression sur le résultat attendu. C’est en lâchant prise qu’on atteint le mieux sa cible… les pratiquants de Kyudo, l’art martial du tir à l’arc, le savent bien.

Erreur mode d’emploi
Donner le droit à l’erreur mais pas le droit à la faute
Moralement, l’erreur est différente de la faute en cela que la première est involontaire alors que la seconde est volontaire. Le manager, avant de déclarer l’ouverture au droit à l’erreur, est en devoir de différencier ce sur quoi les erreurs seront les bienvenues et ce sur quoi les fautes ne le seront pas.

Donner un cadre défini à l’erreur
Agissez comme ce qui est pratiqué dans les bureaux d’études d’installations industrielles : le début de l’étude démarre par la conception d’une installation à moins grande échelle, avec des risques limités et des conséquences légères. Le prototypage, dans le design thinking, est un bon exemple de processus dans lequel la créativité est favorisée et l’erreur bienvenue ; et ce tout en en limitant les conséquences.

Instaurer la culture du feed-back et de l’amélioration
C’est par le feed-back régulier et précoce que les erreurs les plus importantes sont évitées. Mettre en place des rituels d’analyse de pratiques ou de périodes d’activités, comme c’est le cas dans les projets agiles avec les « rétrospectives », permet cela. Organiser une fête de la défaite, comme certaines entreprises, représente une belle opportunité de partage et d’amélioration. Pour que l’erreur devienne apprenante, le bilan doit être suivi d’un plan d’action correctif pour ne pas la reproduire.

Yann Coirault – CSP

Yann Coirault
Après 15 ans d’expérience comme Manager des ventes, Yann rejoint CSP. Consultant senior, il est spécialisé dans le management, le coaching individuel ou d’équipe et le team building. Il est l’auteur de L’Auto-coaching efficace, paru en 2011 aux Editions de l’Homme et des 5 clés pour prendre les bonnes décisions» paru aux Editions Dunod en 2015. Il anime également des conférences sur le management à distance ou l’intuition notamment au Canada.Yann est coach certifié, MBTI®

icone commentaire Commenter cet article

obligatoire

obligatoire (ne sera pas publié)