Leadership et Management

Parité : « Allons plus loin que les propositions du Think Tank Marie Claire »

1 Étoile2 Étoiles3 Étoiles4 Étoiles5 Étoiles (4 vote(s), note: 4,75 / 5)
Loading...

Le 18 juin, c’était notre appel à l’Egalité ! Avec le Think Tank Marie Claire, le Connecting Leaders Club, et sous les auspices de l’Unesco, nous avons remis au Gouvernement soixante propositions sur la parité femme-homme qui vont faire bouger les lignes dans l’entreprise et dans la société. Pour anticiper ce changement, nous avions invité quatre étudiants de l’ESSEC (deux filles, deux garçons) pour qu’ils nous livrent leur vision. Victoria Duley, féministe et engagée, nous a même trouvés un peu timides dans nos idées. Voici son récit.





La journée de l’Appel pour l’égalité qui a eu lieu le 18 juin à l’Unesco m’a marquée en tant que jeune femme de 22 ans étudiante à l’ESSEC. Je suis féministe, soutiens activement certaines causes et associations et mes convictions personnelles ont trouvé un écho fort depuis le mouvement #MeToo. Je pense qu’il permet aux femmes et, surtout, aux hommes, de contribuer à élaborer un état des lieux des souffrances et des inégalités dont sont victimes les femmes. Il leur permet également de modifier les opinions, grâce aux réseaux sociaux. C’est donc avec enthousiasme et une opinion que je qualifierais d’éclairée que j’ai abordé cette journée de restitution des travaux du Think Tank, notamment parce qu’elle permet de faire passer de l’opinion à l’action. 



Non, les changements ne se feront pas tout seuls

En premier lieu, j’ai trouvé l’idée des soixante propositions concrètes et le format de leur présentation tout à fait adaptées au problème. Comme le chiffre des 108 ans avant d’atteindre l’égalité le suggère, ce n’est pas en attendant un changement des mœurs que la situation va s’améliorer. Marlène Schiappa*,
dont la conviction en ses engagements force le respect et l’admiration, l’a très bien dit : on entend souvent « Pourquoi voulez-vous forcer les choses ? Ça va se faire naturellement ». Et bien non. Parce que le patriarcat, ce monde construit par les hommes et pour les hommes, a été imposé par une oppression constante, un maintien au foyer, des grossesses forcées, n’est pas « naturel » précisément. Comme l’a dit la grande Sylvie Pierre-Brossolette*, une charte n’engage que ceux qui l’ont signée, la loi engage tout le monde.

Dans cette perspective du changement par la loi, l’idée des quotas pour atteindre la parité, évoquée notamment par Mesdames Dominique Carlac’h*, vice présidente du Medef et Sybile Veil*, présidente de Radio France, me semble essentielle. J’ai trouvé l’explication de leur cheminement intellectuel fort pertinente : elles expliquent avoir été contre les quotas, puis être devenues pour, tout comme Christine Lagarde* (nommée à la tête de la Banque Centrale Européenne en juillet 2019, NDLR). Madame Carlac’h dit souvent entendre « on voudrait des femmes qui montent, mais on n’en trouve pas ». Elle explique que le combat consiste à montrer des role models. Ma propre mère, directrice d’une filiale de multinationale en France, me dit devoir expliquer aux femmes qu’elle souhaite promouvoir en interne, qu’elles doivent faire des choix pour elles-mêmes et non pour leur partenaire, qu’elles doivent aller chercher plus loin. Elle m’a révélé que même lorsqu’elle souhaite tirer ses collaboratrices vers le haut, ces dernières ne veulent pas non plus toujours monter. Les femmes représentent 42% des cadres diplômés mais seulement 17% des postes de direction. Il n’y a donc pas de secret : il faut des modèles. La proposition de respect de la loi Zimmermann-Copé, qui force la parité dans les conseils d’administration, ComEx et CoDir, est louable selon moi. Il faut cultiver le vivier de femmes qui permet cette parité à compétences égales, sinon cela desservirait la cause que nous défendons ici.

De la nécessité d’idées radicales

Je me positionne en faveur de toutes les mesures qui ont été prises et je salue notamment celles sur la fin des réunions après 18 heures, la grille et la transparence des salaires, la féminisation des noms de rue, les objectifs chiffrés de la charte contre les stéréotypes sexistes dans les publicités. À ce sujet, je pense que les retouches photo devraient être interdites. L’idée est peut-être radicale mais encore une fois, un role model est ce qu’il est : une femme vivante et réelle. L’idée de faire rédiger les descriptions de poste par des femmes et en écriture inclusive m’a marquée. Cela me paraît étant tout à fait adapté pour réduire le biais de genre à l’embauche, étape clé du rééquilibrage vers les femmes dans l’entreprise. Je n’y avais jamais pensé. Il faut cependant que cela soit fait de manière uniforme pour ne pas renforcer le biais préexistant (une femme poste la description d’un job déjà féminisé qui attirera de facto plus de femmes).

J’ai toutefois été déçue par la table ronde sur la santé, dont j’attendais beaucoup car la liberté et l’égalité passent en premier lieu par les corps. Je salue l’ambition de formation des étudiants en médecine aux spécificités féminines, la bonne orientation des femmes vers les médecins compétents dont les sages-femmes et pas seulement les gynécologues, la formation contres les violences obstétricales et gynécologiques, ainsi que la réservation de places en crèche. J’ai été surprise d’apprendre que la médecine a longtemps limité à 30% la part de femmes dans les essais cliniques pour les médicaments, qu’on étudie des rats mâles et non femelles, et ce dans toutes les disciplines, et donc que les médicaments ne sont pas faits pour les femmes. Or sur 23 000 gènes, 1,5% varient entre l’homme et la femme. Cependant, le panel aurait pu aller beaucoup plus loin. À mon sens, la réaction d’une femme dans l’assemblée sur le tabou de l’endométriose, qui touche une femme sur 10, a illustré ce propos. La notion de bien-être, abordée par Madame Yannick Hnatkow*, est importante, mais ce n’est pas la « santé ». Il n’a pas été question de précarité menstruelle, de contraception, d’endométriose, de sexualité. Ce sont des sujets plus tabou mais qu’il est essentiel de traiter, avec des moyens et pas seulement des lois. La fermeture de centres d’IVG et de maternités est une réalité.

Par ailleurs, je pense que les femmes et les filles plus jeunes sont plus libérées sur et par les réseaux sociaux. Des sujets comme l’endométriose sont fortement médiatisés sur des comptes Instagram entre autres, comme tasjoui, spmtamère, clitrevolution, qui cumulent plusieurs millions de followers. J’aurais proposé l’autorisation d’un jour d’absence au travail pour les règles douloureuses et une formation des médecins au sujet des douleurs spécifiques aux femmes (pas seulement les maladies comme évoqué) pour éviter le déni ou la minimisation des problèmes.

Pour favoriser l’égalité, pensons à toutes les femmes

À ce sujet, le gap générationnel m’a interpelée. J’ai aimé entendre les témoignages de femmes plus âgées et voir que je ne pense pas de la même façon. Ainsi, Martine Monteil*, ex n°1 de la Police judiciaire, à propos des hommes qui lui disaient qu’une femme ne pouvait être « taulière », déclarait : « c’était la vieille génération, moi je ne leur en veux pas ». Moi, je leur en aurais voulu et je pense que les 6 filles sur 10 de 15 à 20 ans en France se disant féministes aussi. Je me suis alors demandé ce que les femmes plus âgées que moi (+50 ans), qui me semblaient majoritaires dans la salle, ont pu ressentir durant cette journée. Voir de telles propositions constitue-t-il une libération pour elle ? 

Les deux derniers points saillants selon moi, toujours dans cette logique de mise en pratique, sont les suivants : d’abord, l’importance des chiffres. Les intervenants du gouvernement, donc responsables des politiques, l’ont répété, on ne peut changer que ce que l’on compte (Mesdames Pierre-Brossolette* et Brigitte Grésy*). Le constat qui a été fait par le travail remarquable du think tank durant l’année en est le résultat et il faudra désormais des chiffres pour mesurer les résultats des propositions mises en pratique d’ici quelques années. Enfin, j’ai été quelque peu surprise de l’absence relative de diversité dans le féminisme proposé, bien qu’il y ait eu la présence de Loubna Méliane*, Leader Égalité & Pluralité, de Ni Putes Ni Soumises, qui a parlé des filles de banlieues, pour encourager leur ascension et leur permettre d’aller dans des filières scientifiques. Il y a peu de questions sur les LGBT et les minorités. Je comprends qu’il ne faille pas isoler certains types de femmes pour éviter leur stigmatisation, mais la question de la représentation des femmes noires ou LGBT, par exemple, n’a pas été posée.

Victoria Duley


Marlène Schiappa, secrétaire d’État chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes et de la lutte contre les discriminations@MarleneSchiappa

Sylvie Pierre Brossolette, journaliste, membre de la @Fondationfemmes, ex-membre du @csaudiovisuel, pilote le projet de Cité de l’égalité et des droits des femmes

Dominique Carlac’h, porte parole et vice-présidente du @medef, présidente @DetConsultants, Membre du Conseil d’Administration Solideo, présidente d’honneur @Conseils_Inno

Sybile Veil, PDG Radio France, @SibyleVeil

Christine Lagarde, directrice de la Banque Centrale Européenne, ex-présidente du Fonds monétaire international, @Lagarde

Yannick Hnatkow, directrice générale de WWFrance (ex- Weightwatcher)

Martine Monteil, première femme nommée à la Police judiciaire en 2004

Brigitte Grésy, présidente du Haut conseil à l’Egalité entre les femmes et les hommes @BrigitteGresy

Loubna Méliane, porte-parole de Génération Écologie. Conseillère Régionale IDF, responsable Égalité & Mixité chez OnePoint
@LoubnaMeliane

Pendant une année, CSP The Art of Training a été sponsor du Think Tank Marie Claire aux côtés de L’Oréal, TF1, Radio France, Salesforce, Natixis entre autres. A ce titre, nous avons activement contribué à rechercher, et trouver, les meilleurs leviers pour favoriser la parité dans l’entreprise, dans la société en général. Pour tout savoir des travaux que nous avons menés, c’est sur le site CSP.

Les 60 mesures remises au Gouvernement sont à télécharger ici.

Les engagements de CSP The Art of Training-Lefebvre Sarrut.

L’entretien de Aurélie Feld, présidente de CSP The Art of Training, expliquant pourquoi cet engagement.


icone commentaire Commenter cet article

obligatoire

obligatoire (ne sera pas publié)